Le premier jour, j’ai vite appris les trois mots polis et courtois indispensables en toutes circonstances : iaorana : bonjour ; nana : au revoir ; mauruuru : merci (petit entraînement nécessaire pour bien l’avoir en bouche) Et deux autres incontournables : é : ouiaïta : none se prononce é - u se prononce ou - r est rrrrrrroulé - h aspiré
Mais après…. pas facile de se motiver pour apprendre le polynésien alors que le français est parlé et compris partout. Ce n’est pas l’usage que j’en aurais ailleurs qui incitait à l’effort. Mais à l’entendre parler et n’ayant pas une activité cérébrale intense à fournir, j’ai fini par capter et capturer quelques mots. Je dois avouer que les séances linguistiques au bar de Maupiti en compagnie des tanés du coin ont beaucoup fait progresser mon vocabulaire.
Allez jouer au scrabble en polynésien, pas facile !
L'alphabet tahitien ne comprend que 13 lettres : 5 voyelles : a, e, i, o, u 8 consonnes : f, h, m, n, p, r, t, v
Un soir après une discussion sévère sur la guerre - parler de la guerre face à un lagon, une bière à la main, ça vous a des airs décalés et irréels – j’ai suggéré le métissage du polynésien avec une langue qui agglutine les consonnes, le polonais par exemple, histoire d’équilibrer voyelles et consonnes. Oh la !, ça les a tous remis d’accord contre cette idée aussi sotte que grenue. Identité culturelle, patrimoine linguistique m’a t’on asséné sans ménagement… oui d’accord mais …. pour jouer au scrabble ce serait plus simple. En quelques mots
ceux qui reviennent souvent dans les conversations :
ava : alcool ; vahine : femme ; tane : homme
taofe : café ; popaa : les blancs ; fenua : terre
va'a : pirogue ; vanira : vanille ; râ : soleil ;
tamâ'araa : repas ; ma'o : requin ; fare : maison ;
motu : îlot ; ià : poisson ; manu : oiseau
ceux qui me plaisaient mais que je n'ai jamais pu glisser dans une conversation :
riri : fâché ; ta'ata fa'a'apu : agriculteur ;
ta'ata pâpa'i ve'a : journaliste ; ta'ta fa'i rata : facteur ;
ta'ata pâpa'i ve'a : journaliste ; ta'ta fa'i rata : facteur ;
maramarama : intelligent ; mea maoro roa : longtemps ;
tau faafaaearaa haapiraa : vacances scolaires
Allez, je vous laisse vous entraîner un peu.
Ia orana ite matahiti api
Mars 2003

Le silence s’est établi solennel lorsque le Maupiti s’est engagé dans la passe Te Area. Etroite et dangereuse, elle ressemble à un chaudron de sorcière, bouillonnant et maléfique. La moindre fausse manœuvre aurait jeté l’embarcation sur la couronne récifale et aurait été immédiatement réduite en miettes. L’Alizé soufflait depuis plusieurs jours, la mer était formée, le bateau ruait un peu, nous étions en haute mer. Un grain s’annonçait, le vent a forci, la mer s’est encore creusée. Mais rien ne semblait ralentir le Maupiti express que le pilote menait comme une brute quelque soit le temps. Aucune délicatesse, il filait droit devant, ne négociait jamais les vagues et ne réduisait pas la vitesse. La coque était maltraitée, les passagers aussi. Les sportifs faisaient moins les fiers, ils sont tous rentrés dans la cabine, nous sommes restés quatre irréductibles à l’extérieur.
A peine, le bateau engagé dans le lagon de Bora, les athlètes repointèrent leur nez dehors et se remirent à chanter et à boire. La troisième mi-temps s’annonçait bien. Ils se ruèrent sur le quai à la rencontre de leurs amis et de leurs familles. Rosina m’attendait dans la Mitsubichi, nous nous sommes offerts un apéro avant de rentrer. A la maison, Vatea, infirmière, ne travaillait pas ce soir-là, Mohina sa belle-soeur se reposait dans une chaise longue. 7 mois de grossesse, sur son ventre proéminent, le tatouage de l’oiseau se dilatait joliment sur fond de coucher de soleil.
Le 29 mars 2003, il y avait un trou dans la coque. L’escale de Bora Bora a été plus longue que prévue, les marins ont allégé l’avant du bateau pour remonter la ligne de flottaison afin de pouvoir ressouder une plaque de métal. Et puis, le Vaeanu est reparti avec plusieurs heures de retard sur son horaire habituel. A bord, nous avons repris nos activités, dormir beaucoup, manger beaucoup et parfois, se laisser aller à la rêverie accoudé au bastingage, le regard perdu sur l’océan Pacifique. Rien ne vaut les voyages au long cours pour échanger quelques tranches de vie avec les autres passagers. Non, vraiment l’avion ne peut en aucun cas rivaliser avec les charmes du Vaeanu. Enfin, un peu, juste pour l’arrivée sur Bora Bora parce que la vue aérienne du lagon est tout de même époustouflante.
