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samedi 10 janvier 2009

Nocturnal

En une seule nuit s’éveillent toutes les peurs du monde et tous les espoirs aussi.

Les pléiades d’étoiles évoluent sur une partition connue. Le Scorpion se couche lorsque se lève Orion, et la Croix du Sud n’illumine que le ciel austral. Contempler les constellations et s’étonner d’en voir le parcours subir la déformation de l’espace que le voyage lui applique avec plus ou moins d’amplitude. Et, malgré cette carte céleste, s’égarer éperdument dans la voie lactée vers l’imaginaire de l’insensé.

La nuit se relie à l’obscure qui dilue la réalité diurne dans le flou. Le crépuscule amorce le chemin vers le versant de la vie noctambule, celle des rencontres improbables et éphémères. Lorsque les ombres s’allongent et que s’installe l’ombre profonde, les paysages se métamorphosent et les règles sociales basculent. Lieu d’intimité et de confidences tout autant que de fêtes et de dérision, la nuit établit ses rites spécifiques.

Lumière artificielle qui distille une douceur blafarde et au coin d’un bar, quelques habitués viennent rêver que toute nouvelle présence dérange et intrigue. La nuit, les bouteilles sortent plus facilement et rapidement de même que les mots, plus incisifs et plus lointains et la musique plus rauque et suave.

S’égarer dans la nuit n’est pas toujours aisé. Les ténèbres portent en elles frayeurs et fantasmes. Pour s’aventurer dans l’obscurité, affronter les fantômes, appréhender les méandres de circuits complexes ; les endroits à éviter ou les lieux de rencontres, l'initié de l'ombre aide à baliser le chemin. Cette réalité vaut partout, plus encore en voyage mais en elle se niche tant de promesses et d'outre-temps que l'oubli de ses peurs ouvre sur l’inconnu.

mardi 15 juillet 2008

R : rivages


« Les rivages écrivent les voyages et descendent à la plage ramasser des coquillages. Ils égrènent les villages pour de joyeux cabotages ou de lointains amarrages. Ce paysage côtoie les nuages et, parfois les orages y forment des mirages, célestes messages ou précieux présages. Equipages accoudés au bastingage, prends garde aux rivages dont les parages évoquent de sanglants abordages, de tempétueux naufrages et de sournois piratages. »

Le flux et le reflux sculptent à chaque instant la géographie du rivage. Dans cet espace mouvant et flou qui hésite sans cesse entre terre et mer, naissent les rêves de voyage les plus fous. Combien d’éphémères navigateurs ont dessiné la carte imaginaire de leur outremer sur la grève avant que le flot engloutissant leurs songes ne les ramènent à de plus discrets périples.

Les rivages recueillent le secret des fonds marins que les vagues déposent sur les plages en minuscules éclats. Le promeneur expérimenté peut déchiffrer les fabuleux récits de modestes aventures dans ces débris éparpillés. Les enfants ravis par cette chasse aux trésors s’inventent d’audacieux pirates et de courageux capitaines qui peuplent leurs rêveries de combats acharnés pleins de fougue et de bravoure.

Les poètes aiment à suivre la ligne mouvante des rivages pour y cueillir quelques bouquets d’images, dans le scintillement des vagues, le dessin d’une algue, le cri d’une mouette, la marche alambiquée d’un crabe, la danse d’un nuage qui se glisseront ensuite, silencieusement, dans les stances d’une ballade. Et les vagabonds, les pieds dans le sable, cueillent les étoiles que les nuits de pleine lune font étinceler dans l’écharpe ondoyante de la voie lactée.

Au loin, les marins apercevant le rivage se prennent à songer à la douceur du foyer, aux promesses de la nuit, aux rires des enfants et les mains s’activent plus fébrilement autour des filets et des nasses.

Cette terre marginale, fluctuant au rythme des marées, convoque les mirages et les pêcheurs de rêves détectent savamment les indices célestes qui annoncent les plus beaux. Les conformistes choisissent l’heure du coucher de soleil tandis que d’autres, en véritables experts, patientent jusqu’à l’instant solaire privilégié, lorsque les camaïeux de gris ou de bleus dévoilent toute la richesse de leur palette à l’univers océan.

samedi 21 juin 2008

I : Îles


L’îlot au milieu des flots, dans son insularité salutaire
Attend le bourlingueur sur ses plages éphémères.

Les îles, navires immobiles, que le vent chante et enchante. Définitivement ancrées au milieu des océans, esseulées ou en colliers, bijoux marins courtisés par les vagues, elles embarquent l’imaginaire vers des paradis égarés.

Il est des îles prétentieuses qui se prennent pour des continents et d’autres, modestes qui se font à peine remarquer pour rester solitaires.

Il est des îles merveilleuses au regard que la perfection de cartes postales rend ennuyeuses et monotones.

Il est des îles ingénues sur lesquelles les enfants déposent leurs songes de flibustiers.

Il est des îles bafouées, piétinées, défigurées auxquelles il ne reste que des larmes marines pour croire encore à leur existence.

Convoitises d’aventuriers - apprentis Robinson - les îles, cocons d’exotisme, attirent les êtres en proie au syndrome du retour aux sources.

Bouts du monde singuliers sur lesquels, chacun croit renaître à lui-même. Ces univers miniatures, pièces de terre ourlées par les marées dans le vide de l’horizon où le temps se suspend, recomposent pour chaque voyageur le mythe de la création et de l’innocence.

vendredi 23 mai 2008

T : transports


De tous les transports, mon préféré est le transport amoureux, celui qui conduit au septième ciel. Mais il est vrai que personne ne m’a jamais encore conviée à voyager sur un tapis volant.

Fil conducteur du voyage, les moyens de transports dans leur multitude et leur diversité ouvrent la porte de mésaventures inégalables plus ou moins plaisantes mais souvent inoubliables.

S’il fallait énumérer tous les moyens de transport que le voyageur peut être amené à emprunter au cours de ses périples, on obtiendrait une liste hétéroclite et pittoresque dans laquelle, la traction animale côtoierait les véhicules à haute performance technologique pour des vitesses de déplacement allant de trois à neuf cents kilomètres à l’heure.

Le voyageur n’a pas le ticket dans les transports collectifs locaux et personne ne lui fait de cadeau bien au contraire. Il devient momentanément un usager au même titre que les autochtones et aucun privilège ne lui est concédé. Soumis aux codes du cru qu’il lui vaut mieux connaître, dans la proximité voire la promiscuité d’un confort aléatoire, il lui est alors possible de savourer un moment de vie locale dans une ambiance brouillonne et désordonnée.

Patience et longueur de temps pour les déplacements au long cours qui créent immanquablement des liens plus ou moins tenus et plus ou moins durables. Sang froid et sérénité pour les déplacements minimes dans de modestes véhicules à deux ou trois roues, uniques en leur genre dont le chauffeur prend tous les risques pour vous conduire le plus rapidement possible vous débarquant blême et sans voix mais bien content d’être arrivé indemne à bon port. Résistance et vigilance pour les trajets juchés sur le dos d’animaux plus ou moins dociles et facétieux toujours prêts à vous abandonner au bord du chemin si l’occasion s’en présente.
Circuler, il y a tout à voir ! Emprunter ce que vous voulez pour voyager mais osez le transport populaire qui prend le temps du déplacement au rythme du pays visité. Transports en commun qui n’ont rien de commun et transportent dans tous les sens du terme laissant des souvenirs impérissables. Emotions garanties.

lundi 14 avril 2008

V : Voyageur

« Dans le ciel, les pigeons voyageurs porteurs d’espoir, naviguent sur la caresse de l’azur vers de lointains horizons.
Dame nature a donné un arbre à ces vagabonds célestes, ravenala madagascariensis, l’arbre du voyageur, éventail géant qui offre son eau et son ombre aux flâneurs bienheureux. »

De tous les voyageurs, la version flâneur a ma préférence.

Au gré de ses rencontres, son parcours suit la ligne sinueuse de ses émotions.
Tel un collectionneur, il amasse les perceptions qui le traversent pour dessiner la carte impressionniste de son itinéraire.

L’intuition plutôt que la raison lui sert de guide.

Il se fait un ami du temps qu’il étire à volonté et sa vision intime et personnelle loin des savoirs encyclopédiques, touristiques, journalistiques, résonnent de silhouettes effacées, de phrases volées, d’oiseaux colorés, de pétales de fleurs fanées, de rires aux éclats, de rivières chantantes, de minuscules détails et de microscopiques événements qui tissent la vie de chaque instant.

Il se garde des comparaisons inadaptées entre ici et là-bas, ne cherche pas à conforter de vagues opinions forgées au fil de lectures incertaines, ne se considère pas comme sujet référentiel. Ensemencé par le vent du lieu, éclairé par le chant des langues insoumises, enchanté par tant de différences, le rêveur du voyage glane des impressions auxquelles il abreuve son imaginaire, renouvelle ses perceptions, refonde sa vision du monde, engrange ses sentiments comme autant de pierres précieuses.